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Vincent Lambert : à mauvaises questions, mauvaises réponses

Vincent Lambert : à mauvaises questions, mauvaises réponses

28-05-2019 à 15:52:00

Ces derniers jours, il y a eu de nombreux débats sur Internet et à la télévision autour 
de la situation de Vincent Lambert, un patient dans un état pauci-relationnel (c’est-à-dire avec extrêmement peu de manifestation de conscience et de relations avec les autres) 
à la suite d’un accident il y a une dizaine d’années. Dans ces débats, beaucoup d’erreurs ont été dites qui empêchent la réflexion d’avancer. Essayons de comprendre quels sont 
les mots employés.

 

Un patient en état pauci-relationnel :

c’est une personne dont le corps fonctionne relativement normalement, mais dont le cerveau a été endommagé par un accident ou une maladie, ce qui l’empêche de communiquer, de manifester clairement qu’il est conscient. Il est très difficile de connaître l’état de conscience de ce type de  patients (ce qu’il perçoit, entend ou comprend de l’extérieur). Sa respiration et son cœur sont autonomes, mais il faut souvent l’alimenter par une sonde qui va directement dans l’estomac.

 

Un service de médecine physique et de réadaptation (MPR) prend en charge les patients qui ont un handicap ou des déficiences dans le fonctionnement de leur corps, qui rend leur vie quotidienne difficile  voire impossible. Certains de ces services ont une unité prévue pour les patients en état pauci-relationnel (unité EVC-EPR) qui nécessitent des médecins spécialisés afin de les stimuler, d’évaluer leur conscience, de continuer le « nursing » (les soins de leur peau, leurs membres, leur bouche puisqu’ils ne peuvent pas le faire eux-mêmes).

Un service de soins palliatifs prend en charge les patients en fin de vie, qui vont mourir rapidement. Son but est de soulager les douleurs, d’accompagner sur le plan psychologique, de faire également du nursing, mais on ne traite pas la maladie qui provoquera la mort parce que l’on ne sait pas la guérir et que l’on pense que, dans ce cas, les traitements ne sont pas « raisonnables ».

 

On trouve dans ces services des soignants (médecins, infirmières, aides-soignantes, kinés, etc.), mais aussi des bénévoles pour visiter et dialoguer avec les patients, des aumôniers lorsqu’ils sont croyants. Le but est de les accompagner de façon paisible vers la mort.

Dans le cas de Vincent Lambert, la situation est étrange : il ne se trouve pas dans une unité EVC-EPR qui serait la plus adaptée à son état, mais dans un service où l’on s’occupe plutôt de soins palliatifs. On ne peut pas dire qu’il soit en fin de vie, son corps fonctionne de façon autonome, mais il ne peut pas s’alimenter tout seul. Or, dans une loi récente, il a été précisé que l’alimentation et l’hydratation peuvent être considérés comme un traitement.

Les médecins actuels de Vincent, dans un esprit de soins palliatifs, pensent donc que le nourrir est un « traitement déraisonnable », puisqu’ils ne pensent pas qu’il puisse guérir, et souhaitent arrêter son alimentation, ce qui provoquerait du coup la fin de sa vie. Alors que les médecins de MPR réaffirment qu’ils sauraient le prendre en charge, le stimuler, l’accompagner et qu’il nécessite des traitements « actifs ».

Chacun voit la situation selon son expérience et ses connaissances, mais il semble impératif, pour le bien de Vincent Lambert, de faire la distinction entre une personne gravement handicapée et une personne en fin de vie. Et de se poser la question : l’alimentation peut-elle vraiment être considérée comme un traitement ?

 

Anne-Sophie Biclet

 

Actuailes n° 101 – 29 mai 2019


vincent lambert


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