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Venezuela : l’heure de vérité

Venezuela : l’heure de vérité

06-03-2019 à 06:12:00

Le Venezuela, ce pays béni de Dieu, avec ses plages inoubliables, ses savanes à perte de vue, ses forêts méconnues, 
ses chutes d’eau vertigineuses, ses fleuves importants, ses réserves de pétrole gigantesques… Comment est-on arrivé à une telle situation de pénurie, de famine, de manque de médicaments, de coupures de courant électrique et d’eau courante, de fuite de ses habitants ?

 

Après des longues années de politiques économiques erronées, d’insécurité, de corruption mise en place sous Hugo Chavez, avec le narco-trafic au plus haut niveau, l’instabilité est devenue une donnée récurrente. La vie quotidienne est devenue un enfer sur terre… 60 % de la population est dans la pauvreté, avec 1 000 000 % d’inflation !

Une situation indescriptible

Comment expliquer les files d’attente quotidiennes pour trouver à manger ? Que des médicaments n’existent plus ? Que les malades ne trouvent plus de soins, sont laissés à l’abandon ? Nous éprouvons la même difficulté pour enterrer les défunts. Et comment expliquer la répression subie, les personnes torturées, les personnes emprisonnées ? Plus de 4 millions de personnes ont quitté le pays : des professeurs, des médecins… Nous avons le sentiment de ne pas avoir d’avenir. Les institutions sont particulièrement affaiblies et soumises au gouvernement. Comment sortir de la crise ?

Le discours de Maduro paraît loin de toute réalité : il promet, par exemple, la construction de 2 500 bus dans les trois mois, alors que des milliers de bus inutilisables sont confinés dans des parkings. Et que dire de l’industrie pétrolière sous son mandat ? La production est passée de 3,2 millions de barils par jour à moins d’un million aujourd’hui.

La crise humanitaire a suscité un élan formidable de solidarité, l’aide humanitaire est en train d’arriver à la frontière colombo-vénézuélienne, ainsi que dans le Sud, côté Brésil ; il est question qu’elle arrive aussi par les Caraïbes… Mais Maduro refuse fermement toute aide humanitaire sous prétexte qu’il s’agit d’une ingérence dans les affaires internes ; il a bloqué les passages et l’armée a ouvert le feu à la frontière brésilienne contre ceux qui ont voulu forcer l’entrée.

Comment envisager l’avenir ?

Le groupe de contact réuni le 3 février à Montevideo (Uruguay) entre plusieurs pays médiateurs, notamment la France, n’a pas obtenu de résultats concrets. Cependant, environ cinquante pays ont désormais reconnu le nouveau régime temporaire.

Le mouvement de protestation semble irréversible, une nouvelle vague de manifestations a eu lieu le 2 mars. Bien que Juan Guaidó ait offert l’amnistie aux militaires, afin de faciliter la reprise du pays, les négociations continuent ; les militaires, ayant été particulièrement privilégiés sous le régime précédent, demandent évidemment des garanties pour la période qui va suivre. Après une tournée dans cinq pays d’Amérique Latine, où il a été reçu en chef d’État, Guaidó, est rentré le 4 mars au Venezuela, recevant un accueil triomphal, malgré les menaces du régime de l’incarcérer.

Le gouvernement par intérim tente de sauvegarder ce qui peut être sauvé des richesses du pays, les États-Unis ayant pris des mesures conservatoires et des sanctions économiques et personnelles (gel des comptes et autres) contre des dirigeants du pays.

Au point de vue international, il est facile de comprendre l’appui de la Russie, de l’Iran, de la Chine, de la Turquie et de Cuba pour des raisons stratégiques, idéologiques et surtout économiques. Le Venezuela fournissait gratuitement 100 000 barils par jour de pétrole à Cuba et des milices cubaines « d’assistance au pays » se retrouvent à tous les niveaux de l’administration nationale. La Russie et la Chine ont acquis de gros intérêts au Venezuela, notamment l’or et le pétrole. De plus, la Russie voulant restaurer son prestige dans le monde, veut être présente en Amérique latine ; c’est elle qui a équipé militairement le régime de Maduro. Quant à la Turquie, c’est surtout la négociation de l’or qui l’intéresse.

Quoiqu’il arrive, l’après-Maduro sera fort difficile à conduire, le pays étant dans une situation chaotique.

 

Actuailes n° 96 – 6 mars 2019


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