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La Grande Illusion

La Grande Illusion

14-11-2018 à 07:32:34

En 1919, dans Les Croix de bois (Actuailes n° 53), le cinéaste Raymond Bernard avait filmé l’ambiance de la vie quotidienne des tranchées. Plus de vingt après, en 1937, Jean Renoir, réalisateur déjà reconnu en son temps, fils du célèbre peintre, décrit une autre facette de cette « drôle de guerre » : La Grande Illusion est un film sans aucune scène de combat, le cinéaste s’étant plus attaché aux hommes qu’au conflit.

En 1916, l’avion du capitaine de Boëldieu (Pierre Fresnay) et son pilote le lieutenant Maréchal (Jean Gabin) est abattu au-dessus des lignes allemandes. Reçus fort poliment par le commandant von Rauffenstein (Erich von Stroheim), internés dans un camp de prisonniers où ils partagent la même chambrée que Rosenthal, puis transférés dans une autre forteresse, ces personnages nous racontent une autre guerre. Le titi parisien Maréchal se lie d’amitié avec Rosenthal, fils de banquiers juifs richissimes, parce que la guerre rapproche, soude les hommes dans l’adversité. Les aristocrates Boëldieu et von Rauffenstein fréquentent les mêmes cercles car les grandes familles n’avaient pas de frontière avant la guerre, ils s’estiment et s’apprécient. 

La particularité de ce film, outre le fait qu’il réunisse de très grands noms du cinéma du XXe siècle, réside dans les nombreuses ellipses du récit pourtant linéaire. C’est comme si Renoir avait filmé en entier toutes les péripéties des personnages et qu’il en avait sélectionnées certaines, les avait montées à la suite, les séparant d’un « fondu noir » et donnant un rythme soutenu et poétique à ce film de près de deux heures.

Parfois vu comme un film pacifiste, c’est plutôt un film sur le patriotisme et le sens du devoir. Il y a les ordres exécutés pour son camp, les tentatives d’évasion des prisonniers, mais il y a surtout le panache des officiers. Les évadés ne sont pas des déserteurs, ils veulent rejoindre le rang… et reviendront reprendre leur histoire d’amour naissante quand la guerre sera finie.

Catherine Bertrand

Actuailes n°91 - le 14 novembre 2018




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