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19 septembre 1914 : l’incendie de la cathédrale de Reims

19 septembre 1914 : l’incendie de la cathédrale de Reims

18-09-2018 à 23:59:00

Cher Jean,

Nous sommes en guerre depuis quelques mois déjà et nos espoirs d’une victoire rapide sur les Allemands s’amenuisent de plus en plus. Pauvre France ! Que va devenir la terre de nos ancêtres ?

Je viens de lire un des derniers écrits de Claudel, Le Noël de 1914 : je te le recommande ; c’est un texte magnifique et plein d’espérance pour ces temps emplis de tristesse.

Il y décrit les tours de la cathédrale de Reims en feu… Et c’est comme si j’y étais de nouveau. Terrible 19 septembre 1914 où nous vîmes l’édifice du baptême de Clovis et des sacres des rois bombardé.

Depuis le matin, la ville se trouvait sous le feu nourri des Allemands installés dans le fort de Berru érigé à proximité de la ville, mais la cathédrale n’avait pas encore été très endommagée (même si elle avait déjà subi quelques dégâts dus à de précédents bombardements) au grand soulagement de la population. C’est en début d’après-midi qu’elle a été touchée, puis l’incendie s’est propagé à grande vitesse dans la nef où étaient regroupés les blessés allemands et où étaient empilées les bottes de paille qui leur servaient de couchage. Affolés, les blessés ont tenté de fuir, mais ils en ont été empêché par la foule déchaînée contre eux. Il a fallu l’intervention du clergé de la cathédrale pour qu’ils soient évacués. Les flammes ont ensuite atteint la charpente en chêne. Le plomb qui recouvrait la toiture est entré en ébullition et s’est mis à couler partout sur les voûtes, dans les chéneaux et par les gargouilles : vision apocalyptique ! Tout le quartier brûlait. Les statues de la cathédrale semblaient se tordre de douleur et une immense colonne de fumée jaunâtre sortait de l’édifice.

Ce formidable incendie a marqué tous les esprits français, car nous avons pris conscience que les Allemands avaient voulu « nous atteindre à notre source même et nous frapper symboliquement dans notre racine ».

Mais il faut maintenant que je te cite ces quelques lignes de La Nuit de Noël de 1914 qui nous font comprendre pourquoi nous nous battons, nous, pauvres soldats, au sein des tranchées : « Nos pères, jadis, ont dressé ces deux tours au travers du soleil levant, ces deux tours qui nous gardent encore, Reims et ce beau vaisseau d’où ruisselait le baume sur toute la terre royale […]. Maintenant, tout ce qui était paille au-dessus de la terre est parti en flammes et en fumée ! Mais il nous reste la terre même où nous avons creusé une grande fondation. Ce que nous défendons, c’est notre bien, c’est le jardin qui tient à notre maison, c’est l’arpent carré dans lequel tient notre droit et notre destinée. Et ce que nous défendons, c’est Dieu même qui s’est remis à notre garde comme un petit enfant, car chaque peuple est né pour lui-même, mais la France est née pour tout l’univers afin qu’elle lui porte la joie. »

Bien à toi et vive la France !

Charles

 

 Actuailes n° 88 – 19 septembre 2018

 




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