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À quoi servent les vacances ?

À quoi servent les vacances ?

20-06-2018 à 06:06:00

Voilà bien la chose la plus cruelle que notre professeur de français ait imaginée dans son esprit malade ! La température monte, le soleil s’installe durablement, les vacances approchent et ce monstre nous accueille en classe pour la dernière séance de l’année avec un sourire de bourreau.

 

« Prenez une feuille ! »

Nous sommes si stupéfaits que personne n’a le réflexe de réagir ni ne trouve la force d’engager de subtiles palabres argumentées qui auraient permis de gagner vingt bonnes minutes, avec l’espoir de l’abandon total et définitif de ce projet diabolique : un exercice de rédaction la veille des vacances !

Épouvantés et par avance épuisés à l’idée de suer sur une feuille de papier, nous nous exécutons comme des automates. Déjà, comme un accusé qui attend la sentence du juge, nous attendons le deuxième acte de ce drame absurde. Quel sujet farfelu ce cerveau malade va-t-il inventer ?

« Le sujet de la rédaction est : ‘‘À quoi servent les vacances ?’’ Vous avez deux heures. »

Bizarrement, ce curieux sujet n’est pas accueilli avec un soupir général, mais plutôt dans un souffle retenu, un silence plein d’interrogations. Nous nous regardons tous les uns les autres. Un ange passe. Une fois passée la surprise, un à un, nous nous penchons sur nos feuilles et commençons à griffonner. La question « À quoi servent les vacances ? » se transforme peu à peu en une question nouvelle, pleine de promesses : « Que vais-je faire de mes vacances ? »

La rédaction devient préparation, le pensum devient plan de bataille. Et les idées s’enchaînent les unes aux autres comme naturellement. Devant moi s’offre une formidable occasion de grandir : vais-je subir cette longue période d’autonomie ou bien la faire fructifier ? Je ne vais plus étudier sous la contrainte, mais m’épanouir librement : que vais-je faire de cette liberté ? S’agira-t-il d’une longue sieste paresseuse ? S’agira-t-il d’un tourbillon d’activités, comme pour rattraper ce que je n’ai pas fait pendant la période scolaire ?

Mon environnement ne sera plus borné aux visages de mes camarades et de mes professeurs : serai-je timide à l’idée de rencontrer de nouvelles personnes ou de tisser de nouvelles amitiés ? Serai-je casanier ou bien curieux de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux lieux, de nouveaux livres ? Et nos esprits forment mille projets fantastiques que nos mains décrivent fébrilement sur la feuille de papier…

La sonnerie retentit. C’est la dernière de l’année. Et pourtant elle n’est pas attendue. Toute la classe est absorbée par ce vaste effort d’imagination : comment profiter au mieux de mes vacances ? En quittant la classe surchauffée, toute la troupe s’égaye en posant les copies sur le bureau du professeur, qui contemple la scène, heureux et vainqueur. Un cri s’échappe de toutes les gorges :

« Merci, Monsieur le professeur. Bonnes vacances et à l’année prochaine ! »

 

Père Augustin-Marie

 

Actuailes n° 87 – 20 juin 2018

 

 

 




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