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Boko Haram


Le 21-02-2015
L'arbre à palabres

Attentats, enlèvements, faits de guerre au cœur de l’Afrique… Autant de méfaits qui portent la signature de Boko Haram. Mais Boko Haram, c’est quoi ?

Le Nigeria est une ancienne colonie britannique. C’est une république fédérale qui compte trente-sept états. Entre 1960 et 2000, il a connu trois guerres civiles (dont celle du Biafra[1]). Les présidents et chefs de gouvernements qui se sont succédé, souvent par coups d’états, ont mal géré le pays, en distribuant mal les richesses au sein d’une population très pauvre, la plus nombreuse d’Afrique (170 millions d’habitants).

Cette population est composée pour moitié de chrétiens (au sud), et pour l’autre de musulmans (au Nord). Depuis les années 1980, différents groupes parmi ces derniers, ont proposé sous diverses formes de mettre sur pied un gouvernement musulman et d’instaurer la charia pour faire face à la pauvreté et à la corruption généralisée. Les chefs d’États successifs ont fait la sourde oreille, réprimant même les manifestations. De leur côté, les groupes se sont développés. En 2002, les plus motivés ont fusionné pour former la « Congrégation du peuple de la Tradition pour le prosélytisme et le djihad ». Très opposé aux valeurs chrétiennes et occidentales, ils ont choisi le surnom de Boko Haram, qui signifie « l’éducation occidentale est un péché ». Implantés principalement dans le nord du pays (états de Borno, Yobe, Bauchi et Kano), ils commencent dès 2003 dans cette région des actions violentes, notamment contre des postes de police pour saisir des armes. Le gouvernement sous-estime ce mouvement qu’il prend pour un groupuscule sans lendemain. Il se contente d’interdire des rassemblements illégaux, sans prendre la mesure du phénomène qui s’étend. Boko Haram recrute en effet entre 2003 et 2009 de 6000 à 30 000 hommes, et crée des liens avec Al Qaïda.

En juillet 2009, des combats violents opposent les forces de l’ordre aux djihadistes à Maiduguri (capitale de l’état de Bono), lors d’une insurrection destinée à prendre le pouvoir dans cet état. Défaits, de nombreux rebelles rejoignent le Niger et le Tchad, avant de se réorganiser dans la région de Maiduguri. En 2010, ils commettent de nombreux massacres parmi les chrétiens de la ville de Jos, au centre du pays (quatre-vingt morts dans une église lors de la veillée de Noël). Jusqu’à 2013, attentats-suicides et massacres se multiplient, surtout contre les chrétiens ; mais cette terreur également semée chez les musulmans du Nord, ne leur laissant le choix que de rejoindre les rangs islamistes ou de mourir. Le gouvernement tente de négocier avec les chefs, mais les attentats se poursuivent. On retrouve parallèlement des hommes de Boko Haram lors des combats au Mali contre l’armée française.

Les affrontements de type militaire (troupes contre troupes) s’intensifient en 2013, tant au cœur du pays qu’au-delà de ses frontières, notamment dans le nord du Cameroun et au sud du Niger. L’armée nigériane est dépassée, quand elle n’est pas complice des djihadistes. Par ailleurs, d’autres modes d’actions se développent, comme les prises d’otages (on se souvient de la famille française Moulin-Fournier) pour obtenir de l’argent ou les rapts collectifs (deux cents jeunes filles de Chibock) pour terroriser les populations.

Lors de l’été 2014, las des incursions de Boko Haram sur son territoire, le Cameroun réorganise son armée au nord et rend coup pour coup. Le Tchad entre à son tour dans l’offensive contre Boko Haram, en envoyant 4500 hommes mi-janvier en renfort des troupes camerounaises. Une conférence de l’Union africaine le 20 janvier décide de la constitution d’une force multinationale africaine de 7500 hommes pour rétablir l’état de droit. Cette réaction tardive suffira-t-elle à terrasser Boko Haram ?

 

[1] Le Biafra est une région située au sud-est du Nigeria, composée majoritairement de chrétiens. En 1967, elle entame une guerre civile contre l’État, à majorité musulmane, pour obtenir son indépendance. Dans cette région déjà pauvre, un blocus de la capitale provoque une grave crise humanitaire dans la population (famine, épidémie). À la fin de la guerre en janvier 1970, le Biafra renonce à ses prétentions. On estime à deux millions le nombre de morts biaifrais.




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